Musée d’Orsay · Paris · Guide indépendant
Audioguide du musée d’Orsay,
cinq étapes, gratuites.
Cinq enregistrements à écouter directement dans cet onglet, sans rien télécharger. Photographiez n’importe quoi d’autre dans le bâtiment et Chiaro vous parlera de cette œuvre-là, parmi les 2 300 exposées.
Créé par Chiaro. Sans lien avec ce musée.
Bal du moulin de la Galette
Musée d’Orsay, Paris
C’était la partie gratuite
Chiaro raconte n’importe quelle œuvre de ce musée à partir d’une photo.
Les cinq étapes · 12 minutes d’audio
Cinq œuvres, un parcours,
dans l’ordre où vous les verrez.
Cinq œuvres, deux niveaux, une longue descente. Cela commence tout en haut, au niveau 5, où la galerie des impressionnistes garde le bal du dimanche de Renoir au moulin de la Galette, puis continue sur le même niveau, dans les salles post-impressionnistes, pour la nuit de Van Gogh sur le Rhône. Les escaliers mécaniques vous font descendre au niveau 0, où l’ours blanc de Pompon se tient au milieu de la nef, où les glaneuses de Millet sont courbées sur le chaume dans les salles attenantes, et où l’Olympia de Manet est la dernière dont vous entendrez parler. Près de onze minutes d’écoute, et environ quarante-cinq minutes à pied avec la foule ordinaire.
Le site du musée d’Orsay refuse les lecteurs automatiques : rien ici n’en a été tiré. Les titres, les dates, les dimensions et les numéros d’inventaire viennent de Wikidata et des articles français et anglais de Wikipédia consacrés à chaque œuvre ; le niveau de chaque étape vient d’une source nommée, Wikipédia en français pour le Renoir, La Tribune de l’Art pour le déménagement de 2019 qui a fait monter Van Gogh d’un étage, et deux guides de visite datés de 2026 pour le reste. Tout a été vérifié le 7 septembre 2026. Cette page indique des niveaux plutôt que des salles, parce que l’entrée est un chantier de mars 2026 à l’été 2028 et que les collections sont réaccrochées par ailleurs : quand un cartel nous contredit, c’est le cartel qui a raison, et nous aimerions le savoir.
Étape 1 sur 5 · Niveau 5, la galerie des impressionnistes
Bal du moulin de la Galette
Pierre-Auguste Renoir · 1876 · Huile sur toile, 131 × 175 cm
À observer
- La lumière. Des taches pâles éparpillées irrégulièrement sur un fond bleuté, comme si elles étaient tombées à travers les feuilles des arbres sur les chapeaux, les épaules et la terre battue.
- Le couple de gauche, debout dans une flaque de cette lumière, la robe rose pâle de la femme les poussant hors de la foule.
- La netteté, qui ne vient jamais. Rien n’est précis devant et flou derrière ; ici, la profondeur ne tient qu’à la taille décroissante des personnages.
- Les trois plans : les gens assis qui bavardent au premier, les danseurs derrière eux, et tout au fond les bâtiments où joue l’orchestre.
Transcription (2:18)
Approchez-vous assez près pour que la foule se défasse en taches de peinture, puis reculez de trois pas et regardez-la se reformer. C’est le tour de force de cette toile, et Renoir savait ce qu’il faisait.
Nous sommes un dimanche après-midi de 1876, au bal en plein air du moulin de la Galette, sur la butte Montmartre, et il l’a peint sur place, dehors, selon la règle que les impressionnistes s’étaient donnée. Son ami Georges Rivière, qui se trouve quelque part dans ce tableau, a raconté plus tard que le vent menaçait sans cesse d’emporter la toile.
Personne ici n’est un modèle professionnel. Chaque visage appartient à quelqu’un que Renoir connaissait : des amis peintres, et de jeunes ouvrières de Montmartre qu’il payait pour poser. Rivière a publié ses souvenirs en 1921 et les a nommées. Henriette Anna Lebœuf, dite Margot, très proche de Renoir, morte trois ans après ce tableau, à vingt-trois ans. Deux sœurs, Jeanne et Estelle, couturières toutes les deux. Les peintres Franc-Lamy et Norbert Gœneutte. Paul Lhote et Pierre-Eugène Lestringuez, qui seront tous deux témoins au mariage de Renoir.
Regardez maintenant la netteté. La plupart des peintres gardent le premier plan net et laissent le lointain se dissoudre. Renoir brouille tout, de l’avant à l’arrière, et ne vous donne la profondeur qu’en rapetissant les gens. La seule chose qu’il décrive vraiment, c’est la lumière : des taches pâles éparpillées irrégulièrement sur un fond bleuté, comme si elles étaient tombées à travers les feuilles sur un chapeau, une épaule, un bout de terre battue. Trouvez le couple de gauche. Ils se tiennent dans une flaque de cette lumière, et la robe rose pâle de la femme les pousse hors de la foule, vers vous.
Rivière en a rendu compte à la troisième exposition impressionniste, en avril 1877, et il y voyait une page d’histoire, un précieux monument de la vie parisienne, d’une rigoureuse exactitude. Deux ans plus tard, Gustave Caillebotte l’achetait, et dans un autoportrait de la même année il s’est peint devant son chevalet avec cette toile derrière lui. Il l’a léguée à l’État français à sa mort, en 1894.
Il existe une seconde version, plus petite, presque identique, peinte plus librement, et personne ne sait laquelle des deux est venue en premier, parce que le catalogue de 1877 n’imprimait pas les dimensions. En mai 1990, la plus petite s’est vendue à New York 78 millions de dollars à un magnat japonais du papier, qui a annoncé l’année suivante son intention de la faire incinérer avec lui. Cela n’est pas allé jusque-là : ses entreprises ont connu de graves difficultés, et les banquiers qui détenaient le tableau en garantie ont organisé une vente discrète. On la croit aujourd’hui en Suisse, dans une maison particulière, où personne n’a le droit de reculer de trois pas.
Étape 2 sur 5 · Niveau 5, les salles post-impressionnistes
La Nuit étoilée sur le Rhône
Vincent van Gogh · septembre 1888 · Huile sur toile, 73 × 92 cm
À observer
- La rive d’en face : les traînées jaunes de l’éclairage au gaz, et les longues colonnes brisées qu’elles jettent sur l’eau.
- Les étoiles elles-mêmes, chacune un petit disque entouré de pétales peints, plus grand pour les plus brillantes.
- Les sept étoiles de la Grande Ourse au-dessus de la ville, une constellation qui ne pouvait pas se trouver devant lui de ce côté-là.
- La rive proche, en bas, où un tas de sable voisine avec un couple qui marche bras dessus, bras dessous.
Transcription (2:16)
Laissez une minute à vos yeux devant celui-ci. Il a été peint dans le noir, et il ne se livre pas vite.
Fin septembre 1888, sur la rive du Rhône à Arles, à une minute ou deux de l’endroit où Van Gogh habitait, place Lamartine. Il a descendu un chevalet jusqu’à l’eau et il a peint une ville la nuit. Il fut l’un des très rares peintres à oser s’attaquer aux étoiles, et on comprend pourquoi : travailler dehors après la tombée du jour, c’est peindre ce qu’on ne voit pas tout à fait.
Commencez par la rive d’en face. Ces traînées jaunes sont l’éclairage au gaz d’Arles, et les longues colonnes brisées qui en tombent dans l’eau sont la raison même pour laquelle il a choisi cet endroit. Vers la gauche, on distingue les tours de Saint-Julien et de Saint-Trophime. À droite, la lueur du faubourg de Trinquetaille et le pont de fer qui le reliait à la ville.
Puis les étoiles, peintes comme celles de personne d’autre. En 1888, il faisait de chacune un petit disque entouré de pétales, la taille du disque valant pour l’éclat de l’étoile, si bien que le ciel se lit comme un champ de fleurs. Dès l’année suivante, dans La Nuit étoilée à laquelle tout le monde pense d’abord, cela était devenu des anneaux concentriques de points. Ici, c’est l’idée première, et c’est la plus étrange des deux.
Et voici ce que vous pouvez vérifier vous-même. La constellation au-dessus des toits est la Grande Ourse, le Grand Chariot. Depuis la place Lamartine, il regardait vers le sud-ouest, et à cette latitude la Grande Ourse n’apparaît jamais dans cette partie du ciel : elle est circumpolaire, elle reste au nord. Il lui suffisait de tourner la tête, et c’est ce qu’il a fait. La toile raccorde une vue terrestre à une vue céleste et les recoud à l’horizon.
Le raccord fait son travail. Comme les étoiles sont maintenant au-dessus des lampes et non derrière votre épaule, l’eau donne l’impression que c’est la lumière des étoiles qui opère, alors que chacun de ces reflets appartient au gaz.
En bas, sur la rive proche, il y a un tas de sable, et un couple qui passe devant, bras dessus, bras dessous. En septembre, il a dit à sa sœur Wilhelmina qu’il voulait peindre un ciel étoilé, il a décrit la composition à son frère Theo plus tard dans le mois, et le deux octobre il en a envoyé un croquis au peintre Eugène Boch. Lors de la première présentation du tableau, à Paris en 1889, au salon de la Société des artistes indépendants, c’est Theo qui a envoyé celui-ci et les Iris. Vincent avait proposé tout autre chose : l’une de ses vues des jardins publics d’Arles.
Honza Soukup from Czech Republic, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons. Photo: Honza Soukup from Czech Republic
Étape 3 sur 5 · Niveau 0, la nef centrale
Ours blanc
François Pompon · 1927–1929 · Pierre de Lens, calcaire, 163 × 251 cm
À observer
- Pas un poil nulle part. Toute la surface est lissée, parce que Pompon a débarrassé ses animaux de ce qu’il appelait les falbalas.
- La marche. Les quatre pattes bougent et le poids porte vers l’avant, ce qui explique que le titre anglais soit souvent Polar Bear in Stride, l’ours blanc en marche.
- La pierre, qui n’est pas du marbre mais de la pierre de Lens, un calcaire, taillée par un praticien nommé Jean-Joachim Supéry sous l’œil de Pompon.
- L’endroit où vous vous tenez. La nef est l’ancienne halle de la gare d’Orsay, et les banquettes de pierre qui la bordent étaient les quais.
Transcription (2:20)
Il marche. Les quatre pattes sont en mouvement et le poids porte vers l’avant, ce qui explique que le titre anglais soit souvent Polar Bear in Stride, l’ours blanc en marche, plutôt que quoi que ce soit qui évoque un ours à l’arrêt.
Cherchez maintenant le poil. Il n’y en a pas. François Pompon a lissé toute la surface, et c’était tout le propos. À partir de 1905, il entreprend de simplifier ses animaux, en retirant tout ce qu’il appelait les falbalas, jusqu’à ne laisser qu’une forme et la façon dont la lumière court dessus. En 1922, il présente un grand ours blanc au Salon d’automne, et l’œuvre tranche sur tout le reste de la salle, parce que tout le reste était encore de la sculpture du dix-neuvième siècle.
Il avait soixante-sept ans. C’est cela qu’il faut emporter de cette halle. Pompon est né à Saulieu, en Bourgogne, en 1855, fils d’un menuisier ébéniste. À quinze ans, il entre en apprentissage chez une maison de Dijon qui taillait des monuments funéraires. Il a ensuite passé presque toute sa vie de travail à être les mains d’un autre, praticien pour Antonin Mercié et Alexandre Falguière, puis dans l’atelier d’Auguste Rodin à partir de 1890, qu’il dirigeait dès 1893, et après cela presque vingt ans chez Saint-Marceaux. Rodin a regardé une de ses pièces et lui a dit qu’il serait un grand artiste. Il expose au Salon pour la première fois en 1879, avec une Cosette de Victor Hugo. Il a fallu ensuite quarante-trois années de plus.
Ce n’est pas l’ours du Salon ; ce plâtre-là est à Valenciennes. L’État français a commandé celui-ci en 1927, pour vingt-cinq mille francs, destiné au musée du Luxembourg. Il a été taillé par un praticien, un tailleur de pierre professionnel, nommé Jean-Joachim Supéry, sous la surveillance de Pompon, et livré le seize février 1929. Et quoi qu’en disent les guides, ce n’est pas du marbre. C’est de la pierre de Lens, un calcaire, et c’est pourquoi il retient cette lumière douce et crayeuse dans une halle par ailleurs pleine de bronze.
Les applaudissements de 1922 lui ont enfin permis de travailler pour lui-même. Il a fait un cerf monumental pour une place d’Arnhem, aux Pays-Bas, et un taureau pour sa ville natale, et avant de mourir en 1933 il a donné près de trois cents de ses propres plâtres, terres cuites et bronzes au musée de Dijon. D’autres fondeurs se sont emparés du nom et ont sorti des faux, souvent très mauvais. Brancusi, lui, regardait.
Une dernière chose à remarquer pendant qu’il passe devant vous. La manufacture de Sèvres a commencé à l’éditer en porcelaine en 1924, et en 1925 le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann l’a installé dans deux pièces de la grande exposition des arts décoratifs de Paris. Cet animal a été un meuble de la France élégante avant d’être une pièce de musée.
Étape 4 sur 5 · Niveau 0, les salles Millet et Barbizon
Des glaneuses
Jean-François Millet · 1857 · Huile sur toile, 83.5 × 111 cm
À observer
- La distance entre le premier plan et le fond. Trois femmes se courbent sur le chaume au premier plan ; derrière elles, une moisson manifestement abondante se charge sur des charrettes dont elles n’auront rien.
- Les oiseaux dans le ciel, là-haut, qui attendent les mêmes grains oubliés.
- Les trois postures, qui sont un seul mouvement décomposé : se baisser, ramasser, se redresser avec une poignée d’épis.
- Le format. Avec 83.5 sur 111 centimètres, c’était en 1857 le format d’un sujet religieux ou mythologique, pas celui de trois femmes qui ramassent du grain.
Transcription (2:14)
Trois femmes, pliées en deux, ramassant des épis isolés dans le chaume. Regardez au-delà d’elles, parce que l’argument de ce tableau est dans le fond.
Derrière les glaneuses, la moisson se fait dans les règles : des charrettes, des meules, le fermier et ses ouvriers chargeant une récolte manifestement abondante. Les trois du premier plan récupèrent ce que la moisson a laissé. Millet a mis dans le ciel un vol d’oiseaux, là-haut pour les mêmes grains tombés. Rien de tout cela n’est dit à haute voix nulle part dans le tableau. Il a peint le près et le loin, et il vous laisse mesurer l’écart.
Le Salon de 1857 l’a mesuré tout de suite et la réponse ne lui a pas plu. La France sortait depuis neuf ans de la révolution de 1848, et les classes possédantes ont lu la toile comme un hymne à ceux qui les surpassaient en nombre. Un critique a dit y trouver comme l’annonce inquiétante des échafauds de 1793.
Une part du scandale tenait simplement au format. Quatre-vingt-trois centimètres et demi sur cent onze, cela ne paraît pas grand dans une salle comme celle-ci, mais en 1857 c’était le format réservé à un sujet religieux ou mythologique. Un autre critique se plaignait que ces glaneuses aient des prétentions gigantesques et posent comme les trois Parques du paupérisme.
Le glanage était une question politique vivante, pas un motif pittoresque. Balzac avait mis une bataille autour du droit de glaner dans son roman Les Paysans. Deux ans après ce tableau, Jules Breton a répondu à Millet par une version plus jolie et mieux rangée des mêmes femmes. Millet observait les paysans de Chailly, à côté de Barbizon, et la Bible était sans doute aussi dans sa tête, le passage où Booz laisse Ruth glaner dans son champ puis manger avec ses ouvriers. Mais le sujet, ici, c’est la pauvreté rurale, pas la piété.
Regardez encore les trois postures. Elles sont un seul mouvement décomposé : la femme de gauche qui se baisse vers un épi, celle d’à côté qui ramasse, celle de droite qui se redresse, une poignée à la main. C’est une journée, pas un instant.
Millet a vendu le tableau deux mille francs à un monsieur Binder, de L’Isle-Adam, sur le conseil de son ami le peintre Jules Dupré. Il est mort en 1875, et sa réputation a monté régulièrement sans lui. En 1890, la productrice de champagne madame Pommery a payé trois cent mille francs pour l’offrir à l’État français. Le huit mai de cette année-là, il était accroché au mur de la salle des États, au Louvre, et il a traversé le fleuve jusqu’à ce bâtiment en 1986.
Étape 5 sur 5 · Niveau 0, la salle Manet
Olympia
Édouard Manet · 1863 · Huile sur toile, 130.5 × 191 cm
À observer
- Les yeux. À votre hauteur, droit sur vous, avec une expression sérieuse qui ferme la porte. Le scandale tient dans ce seul détail.
- La main gauche, à plat et refermée sur sa cuisse, là où la Vénus d’Urbin du Titien recourbe la sienne comme une invitation.
- Le bracelet d’or au poignet droit. La nièce de Manet disait qu’il était de sa mère, avec une mèche de ses cheveux d’enfant dans le médaillon.
- Le chat au pied du lit : noir, éveillé, le dos rond, la queue dressée, à l’endroit où le Titien avait peint un chien endormi.
Transcription (3:13)
Elle vous regarde. Pas au-delà de vous, pas vers le bas, pas dans le vague où un nu est censé regarder. Droit devant, à votre hauteur, avec une expression qui ne rend rien. C’est là le scandale. Tout le reste de ce tableau est une argumentation autour de cette seule décision.
Manet l’a terminé en 1863, ne l’a montré qu’au Salon de 1865, et quand il l’a fait, Paris a perdu son sang-froid. Deux ans plus tôt, Alexandre Cabanel avait exposé une Naissance de Vénus sans que personne y trouve à redire. La médaille d’honneur est allée à Cabanel ; le scandale, à Manet. En 1863, une femme nue était parfaitement acceptable pourvu qu’elle fût une déesse, ou située agréablement loin, et pourvu qu’elle parût surprise plutôt que posée. Celle-ci n’est ni l’une ni l’autre. C’est une personne précise dans une chambre parisienne, et elle se montre exprès.
Le tableau est bâti sur un tableau célèbre. Manet est allé en Italie en 1853 et a copié cinq fois la Vénus d’Urbin du Titien, et la disposition est ici celle du Titien, jusqu’à la façon dont le fond se coupe en deux derrière elle. La Vénus du Titien recourbe la main gauche comme une invitation. Cette main gauche-ci est à plat et fermée. Et là où le Titien avait mis un chien endormi pour dire la fidélité, il y a un chat noir, éveillé, le dos rond, la queue dressée.
Les détails vont tous dans le même sens. Olympia était un nom de travail pour une prostituée parisienne des années 1860, et le titre vient probablement de l’ami de Manet, le critique Zacharie Astruc, dont les vers ont été imprimés avec le tableau dans le catalogue. Le bouquet vient de chez un fleuriste, et il signifie qu’un client est arrivé. La servante qui le tient a été posée par une femme connue seulement sous le nom de Laure, et pendant un siècle les historiens de l’art ont écrit longuement sur la figure blanche en mentionnant à peine la noire. La femme sur le lit était Victorine Meurent, dix-neuf ans, et pas seulement un modèle : ses propres tableaux ont été reçus au Salon en 1876, 1879, 1885 et 1904.
Les critiques ont été féroces. Paul de Saint-Victor a parlé de l’Olympia faisandée de monsieur Manet. Baudelaire et Zola l’ont défendu et cela l’a tout de même mis à terre. La phrase de Zola reste le meilleur résumé que quiconque ait trouvé : quand nos artistes nous donnent des Vénus, ils corrigent la nature, ils mentent ; Manet s’est demandé pourquoi mentir, et nous a présenté une fille de notre temps, de celles que l’on croise sur le trottoir.
Regardez la lumière avant de partir. Michel Foucault a fait remarquer qu’elle tombe sur elle exactement de l’endroit où vous vous tenez, si bien que le faisceau et votre regard ne font qu’un, et que le tableau vous confie le déshabillage. Puis son poignet droit : la nièce de Manet, Julie, disait que le bracelet d’or était celui de sa mère, avec une mèche de ses cheveux d’enfant dans le médaillon.
Le reste est un sauvetage. À la vente de l’atelier de Manet, en 1884, le scandale était encore assez chaud pour que sa veuve Suzanne rachète elle-même le tableau. En 1888, John Singer Sargent a prévenu Claude Monet qu’elle était en difficulté et pourrait vendre à un Américain, et Monet a passé un an à réunir par souscription publique les vingt mille francs qu’elle demandait. Vingt mille, c’était peu : des Millet se vendaient alors sept cent cinquante mille. Le Louvre n’en voulait toujours pas, et un malentendu de presse s’est terminé quand le plus vieil ami de Manet, un ancien ministre des Beaux-Arts, a provoqué Monet en duel. Le compromis a été le musée du Luxembourg, en 1890. Elle a atteint le Louvre dix-sept ans plus tard, et ce bâtiment en 1986.
Guide indépendant · Chiaro
Chaque cartel de ce bâtiment est à une photo d’une histoire.
Cette page s’arrête à cinq œuvres. L’app, non. Pointez l’appareil sur une danseuse de Degas, un verre Art nouveau, un plâtre dont personne n’a écrit le livre, et Chiaro vous dit ce que c’est et pourquoi on l’a gardé, puis continue de répondre aussi longtemps que vous continuez à demander, à voix haute.
Avant de partir
Y aller
1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris, sur la rive gauche, face aux Tuileries de l’autre côté du fleuve. La porte que vous empruntez change avec les travaux : depuis le 10 mars 2026, l’entrée pour les billets avec créneau horaire est passée du côté du quai Valéry-Giscard-d’Estaing, tandis que l’entrée du parvis accueille les visiteurs sans créneau, les publics prioritaires et les groupes. Une seconde phase, en 2027, les déplacera de nouveau : renseignez-vous le jour même sur la page visiteurs du musée.
La station de RER C qui s’appelle Musée d’Orsay est dans le sous-sol du musée lui-même : le train s’arrête sous le bâtiment. La ligne 12 du métro dessert Solférino, à 300 mètres. La navette fluviale Batobus fait escale au quai de Solférino, et les bus 24, 63, 68, 69, 73, 83, 84 et 94 desservent le quartier.
Billets
- Fermé le lundi, ainsi que le 1er mai et le 25 décembre. Le reste de la semaine, il ouvre de 9 h 30 le matin à 6 heures du soir, et le jeudi est la longue journée, jusqu’à 9 h 45 le soir.
- Réservez un créneau horaire en ligne avant de venir. La file pour ceux qui n’en ont pas est ce qu’il y a de plus long dans ce musée.
- L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, et pour les résidents de l’Union européenne de 18 à 25 ans, sur présentation d’une pièce d’identité. Le premier dimanche de chaque mois est gratuit pour tout le monde, mais il faut tout de même réserver.
- Le musée est reconstruit autour de ses visiteurs sans fermer. Les travaux de l’entrée et de l’esplanade courent de mars 2026 à l’été 2028 et, indépendamment de ce chantier, les collections permanentes sont réaccrochées, par thèmes plutôt que par dates. Dans un cas comme dans l’autre, un niveau indiqué ici n’est peut-être plus celui où se trouve l’œuvre le jour de votre visite. C’est aussi pourquoi cette page indique des niveaux plutôt que des salles.
- La photographie des œuvres est autorisée depuis mars 2015. Sans flash, sans trépied.
L’audioguide officiel
Le musée d’Orsay loue son propre audioguide sur place, moyennant un supplément au billet ; il couvre plusieurs centaines d’œuvres dans une dizaine de langues. Cette page ne coûte rien, couvre cinq œuvres, et imprime chaque mot sous l’audio, pour que vous puissiez lire si la salle est bruyante.
Site officiel →Questions
Existe-t-il un audioguide gratuit du musée d’Orsay ?
Cette page en est un. Cinq œuvres, cinq enregistrements, et une transcription imprimée sous chacun, avec le niveau où se trouve l’œuvre en tête et rien du tout à installer. Au-delà de ces cinq-là, l’app fait le reste : photographiez ce qui est devant vous et elle vous parle de cette œuvre.
Combien coûte l’audioguide officiel du musée d’Orsay ?
Le musée loue un appareil sur place, moyennant un supplément au billet d’entrée, pour plusieurs centaines d’œuvres dans une dizaine de langues. Nous n’avons pas pu lire la page du musée pour confirmer le tarif actuel : vérifiez sur musee-orsay.fr avant de partir. Les cinq étapes de cette page sont gratuites.
Où se trouve Olympia au musée d’Orsay ?
Au niveau 0, dans les salles consacrées à Manet et aux peintres de son entourage dans les années 1860, au même étage que Courbet et Millet. Lors de notre vérification, elle était au niveau 0 et non à l’étage avec les impressionnistes, ce qui surprend ; le rez-de-chaussée couvre les années 1848 au début des années 1870, et Olympia a été peinte en 1863. Un guide de 2026 disait le contraire et la plaçait au niveau 5 : demandez à l’accueil si vous ne la trouvez pas.
Le musée d’Orsay est-il fermé le lundi ?
Oui, tous les lundis, ainsi que le 1er mai et le 25 décembre. Du mardi au dimanche, il ouvre à 9 h 30 le matin et ferme à 6 heures du soir, avec le jeudi en nocturne, jusqu’à 9 h 45 le soir.
Combien coûte l’entrée au musée d’Orsay ?
C’est gratuit pour les moins de 18 ans, et pour les résidents de l’Union européenne de 18 à 25 ans avec une pièce d’identité. Le premier dimanche du mois est gratuit pour tous, avec réservation. Les sources que nous avons pu atteindre ne s’accordaient pas sur le tarif adulte, alors nous n’imprimons pas de chiffre : musee-orsay.fr donne le tarif en cours, et autant réserver un créneau horaire en même temps.
Où sont les impressionnistes au musée d’Orsay ?
Au niveau 5, tout en haut du bâtiment sous la toiture, où se trouvent deux des cinq étapes de cette page. Les post-impressionnistes y sont aussi : Van Gogh et Gauguin ont été déplacés du niveau intermédiaire au cinquième étage en 2019, dans la galerie rebaptisée du nom de l’historienne de l’art Françoise Cachin.
Plus d’audioguides
Créé par Chiaro. Sans lien avec ce musée.